En quelques jours, sans développeur ni agence, j’ai monté seule une application web de suivi pour un coach en accompagnement minceur : un espace où chaque cliente se connecte pour suivre son programme, et où le coach pilote ses recommandations. Voici le chemin complet, avec les hésitations, les chiffres et les bugs.
Le besoin de départ était simple à formuler. Le coach suit ses clientes sur l’alimentation, le sommeil et le mouvement. Il relève leurs mensurations (poids, tour de taille, tour de hanches) et donne ses conseils lors d’appels planifiés. Tout cela vivait dans des messages et des tableaux épars. Il voulait un outil agréable pour ses clientes, simple pour lui, et qui porte son image de marque.
Mon rôle de cheffe de projet digital, ici, n’était pas de déléguer : c’était de choisir l’outil, de spécifier, de construire et de débugger. J’ai travaillé avec Claude comme binôme technique, pour challenger mes choix, rédiger les schémas et corriger le code. Cet article retrace ce projet, marque anonymisée.
J’ai retenu Softr après avoir testé Notion + Super.so et regardé les logiciels de coaching clé en main. Chaque piste éliminée m’a appris quelque chose sur le vrai besoin.
Piste 1 : Notion + Super.so. C’était l’option la plus naturelle. Notion sert de back-office : une base Membres, une base Mesures liées par une relation, des rollups et des formules pour calculer les variations. Super.so transforme ensuite ces pages Notion en site web soigné. Le blocage est arrivé sur l’authentification. La protection de Super.so est un mot de passe unique partagé pour les pages protégées, pas un compte par personne. Or chaque cliente ne doit voir que ses propres données. Il fallait donc ajouter un outil d’adhésion tiers (Memberstack, Outseta ou équivalent) par du code personnalisé, et rediriger chaque membre vers sa page. Trois outils à faire tenir ensemble pour une seule fonction critique.
Piste 2 : un logiciel de coaching clé en main. Practice Better, Healthie, CoachAccountable, TrueCoach ou Trainerize gèrent déjà habitudes, mensurations, messagerie et visio. Rapides à déployer, mais l’expérience et l’image restent celles de l’éditeur. Les outils orientés fitness pensent aussi en séances et en répétitions, pas en habitudes de vie. Le coach voulait une app à son image, avec son ton et son parcours en semaines.
Piste 3 : Softr. Softr réunit dans un seul outil ce que la piste 1 éclatait en trois : une base de données native (Softr Databases), des pages, des comptes utilisateurs avec groupes et droits, des workflows d’automatisation, et des blocs en code personnalisé quand le natif ne suffit pas. Un point m’a fait gagner du temps : Supabase n’est pas la base de Softr, c’est un service externe qu’on y branche. Softr Databases, elle, est intégrée et dispose de sa propre API REST. Tout au même endroit, c’était exactement l’objectif.
Sur le papier, Notion + Super.so est moins cher : environ 41 à 51 USD par mois contre 99 USD pour Softr au niveau de fonctionnalités dont j’avais besoin. Mais le calcul change dès qu’on compte les outils à assembler et le temps de maintenance.
Hypothèse de calcul : un coach, une vingtaine de clientes, un domaine personnalisé, facturation annuelle, tarifs publics en USD consultés en octobre 2026.
Pour Softr, le plan gratuit (10 utilisateurs) suffit pour prototyper, et le plan Basic coûte 19 USD/mois. Mais les comptes Google, les permissions fines, le retrait de la marque Softr et le code personnalisé sont listés dans le plan Pro. Attention : les grilles Softr ont changé en 2026 et beaucoup d’articles citent encore les anciens prix (49, 139 et 269 USD). Vérifiez toujours la page tarifs officielle avant de chiffrer un devis.
Mon arbitrage : le surcoût de Softr achète la sécurité des données par cliente et un seul outil à maintenir. Pour un client non technique, un seul outil à maintenir vaut largement quelques dizaines de dollars par mois.
Deux rôles, une règle d’or : chaque cliente ne voit que ses données, et le coach ne voit que ses clientes.
La page d’accueil cliente, maquettée avant tout développement, rassemble l’essentiel en un écran :
Contraintes posées dès le départ : connexion par e-mail, tout dans un seul outil, et des données appelables facilement depuis l’extérieur si l’app grandit.
La base compte une quinzaine de tables dans Softr Databases, toutes rattachées à une table Users dont l’e-mail est la clé unique. Ce même e-mail sert à la connexion, aux droits et aux filtres.
Chaque table est reliée à une personne de Users : c’est ce lien qui permet de filtrer toute l’app sur l’utilisateur connecté.
L’ossature. Users contient chaque personne, coach ou cliente, avec un champ rôle qui alimente deux groupes d’utilisateurs Softr. Une cliente est liée à son coach par un lien de Users vers Users. Deux tables de profil prolongent Users : Client_Profile (date de début, durée du programme, semaine en cours, objectif, notes internes cachées à la cliente) et Coach_Profile (bio, spécialités, signature).
Le programme. Weekly_Program décrit chaque semaine d’une cliente, et Weekly_Priorities ses 3 priorités. Le suivi repose sur Measurements, Progress_Photos, Victories et Wellbeing_Checkins, que la cliente remplit elle-même. Côté coach : Recommendations, Coach_Messages et Appointments.
Séparer le générique du personnel. Les guides de base (nutrition, sommeil, mouvement, stress) vivent une seule fois dans Resources. Les conseils propres à une cliente vont dans Client_Nutrition_Notes, liés au guide dont ils découlent. Le coach modifie un guide une fois, toutes ses clientes voient la mise à jour.
Calculer plutôt que saisir. La semaine en cours est une formule : jours écoulés depuis le début du programme, divisés par 7, arrondis à l’inférieur, plus 1. Un programme commencé le 15 septembre passe en semaine 2 le 22. Le pourcentage de progression en découle. Personne n’a rien à mettre à jour à la main.
Les pièges rencontrés, et les contournements :
La page d’accueil cliente est construite en blocs Vibe Coding de Softr, du code React généré puis ajusté, branché directement sur la base. Les blocs natifs suffisaient pour lister des données, pas pour reproduire fidèlement la maquette.
D’abord une maquette codée. Avant de toucher à Softr, j’ai fait coder une maquette HTML de la page d’accueil aux couleurs de la marque : palette, typographies, cartes, dégradé du message du coach. Elle a servi de référence visuelle, et ses styles ont été repris dans les blocs.
Puis carte par carte. Bienvenue, barre de progression, priorités de la semaine, dernières mesures, prochain rendez-vous, message du coach : chaque carte est un bloc. Les priorités ont d’abord tourné en bloc natif (filtre « cliente = utilisateur connecté » et « cette semaine »), puis je les ai refaites en code pour garder une seule méthode sur toute la page. Au passage, j’ai remplacé la semaine calendaire par la semaine de programme : une cliente qui commence un jeudi n’a pas les mêmes bornes qu’un lundi-dimanche.
Ce que les bugs m’ont appris :
Chaque bloc finalisé est archivé avec son code et ses notes dans un document versionné, à côté du schéma de base. Softr garde un historique, mais une documentation lisible reste indispensable pour reprendre le projet ou le transmettre.
L’espace coach prend le chemin inverse. Une première page liste ses clientes en bloc natif, filtrée sur « coach = utilisateur connecté ». Un clic ouvre une page liée à la cliente choisie. Cette fois, lire l’enregistrement courant est la bonne méthode : la page fait elle-même le filtrage, et le code des blocs devient plus simple que côté cliente.
Monter seule une app métier n’est pas une question de savoir coder : c’est une question de méthode, de choix d’outils et d’obstination face aux bugs.
Ce que je retiens et que j’applique désormais à chaque projet :
L’IA a été mon binôme technique tout au long du projet, pas un pilote automatique : elle propose, je tranche, je teste, et je corrige quand la réalité de l’outil dément la documentation. Si vous avez un projet d’espace client, de portail ou d’outil interne à monter sans équipe technique, parlons-en.